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"UN PEU D'HISTOIRE" LES CHRONIQUES DE "NICE MATIN" D'EDMOND ROSSI

DIFFICILE FRANCHISSEMENT DE LA FRONTIERE

DIFFICILE FRANCHISSEMENT DE LA FRONTIERE

TRACASSERIES A LA FRONTIERE
DE SAINT LAURENT DU VAR EN 1836
Charles Augustin Sainte-Beuve, écrivain français, fit d'abord partie du cénacle romantique et publia des recueils de poésies et un roman (Volupté, 1834), puis se consacra entièrement à la critique et à l'histoire littéraires. Il rédige alors des séries d'articles ou d'essais, qu'il réunit ensuite en volumes dont les célèbres « Causeries du lundi ». Sa méthode, fondée sur une importante documentation historique, mérite notre intérêt.
Dans une de ses « causeries », Sainte-Beuve écrit une notice sur l'écrivain suisse Tôpffer (1799-1846). Il y cite le compte-rendu d'un voyage qui a conduit ce dernier à Saint-Laurent-du-Var pendant le règne de Louis-Philippe.

Extraits :

« En quittant Nice, nous laissons derrière nous les Apennins, et plus rien, si ce n'est l'horizon de la mer (...) Bientôt nous atteignons la frontière de France. C'est à Saint-Laurent-du-Var, au-delà d'un pont immense jeté sur des prairies que le Var dans ses jours de jète inonde de ses flots. Quand on a franchi le pont, on trouve devant soi quatre ou cinq baraques remplies d'employés et de gendarmes. Au nom du roi de France ces messieurs vous prient très poliment d'entrer, de déclarer, d'exhiber ,. au nom du roi de France et poliment toujours, ils vous présentent une carte à payer. Ohé! c'est cher ! et jamais aubergiste piémontais, jamais hôtesse lombarde ne nous écorcha de la sorte.
A Saint-Laurent-du-Var, nous payons sous trois formes. C'est d'abord quinze nouveaux francs pour notre même passe-port. Cette plaisanterie fiscale, si promptement renouvelée, nous fait l'impression d'une très brutale récidive, c'est ensuite seize francs pour quelques petites boîtes de bonbons de Gênes, que quelques-uns de nous ont achetées pour les offrir à leurs parents (...). C'est ensuite quinze francs pour que la voiture puisse entrer sur le sol français (…). On toise nos pauvres chevaux, on dresse leur signalement, on leur fait acheter un passe-port privé, et dans la crainte qu'ils n'aillent être vendus ou échangés en France (...) on exige le dépôt de cent et dix francs qui seront rendus au bureau de sortie, si nos chevaux ne viennent pas à périr, si l'on n'est pas forcé d'en remplacer un, si le cocher ne perd pas le reçu, si le signalement est exact et si le bureau de sortie n'a pas la berlue.
Enfin chose infâme, l'on nous palpe dans une dernière et abjecte baraque (...). Payer, passe encore, mais soi, honnête particulier, être livré aux crasseuses mains de la lie des douaniers ! »